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Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /Août /2009 22:36

Un jour, j’ai rompu une amitié avec une ex.

On n’était pas vraiment amis et je ne saurais dire si je pouvais vraiment la taxer d’avoir été une ex. On avait été amants sans que les sentiments soient d’une passion déraisonnée. Et moi, sans passion…je ne vis pas…


Elle n’avait pas aimé ma franchise à lui dire d’arrêter de se mater le nombril. Et je m’y connais, moi en matière de matage de cette partie du corps que je découpe quotidiennement en tranches si fines…

Et me voilà en réunion, nez à nez avec elle quelques jours après notre échange de mails houleux, qui a vu ma condamnation à disparaitre de ses potes sur fcb… C’est qu’elle y va, elle, quand il s’agit d’exprimer son mécontentement…
Je n’ignorais pas qu’elle serait là. Elle, en revanche ne le savait peut-être pas. Cela me conférait exagérément une aisance de mâle dominant.
Etant en avance, nous sommes seuls en salle de réunion, vide… La situation me semble cocasse. Sur un ton amusé et léger, je ricane presque un « ça va ? » tout en regardant distraitement mes papiers.
Sa réponse fuse en forme de scud thermonucléaire… « Inutile d’être hypocrite avec moi, ni de sourire. Je n’ai pas aimé ton mail et je n’engagerai pas de conversation avec toi… » Nous sommes interrompus par l’arrivée des autres acteurs de cette réunion passionnante, et où je ne m’attends guère à ce qu’on favorise la reproduction de mouches hétérosexuelles.

Parmi eux, un spécialiste de la boite qui joue un tour de force remarquable en début de séance… Un de nos big boss s’adresse à lui… « Bien…(les boss commencent souvent ainsi l’entrée en matière pour prendre le dessus sur les participants de ce type de briefing…) monsieur, vous allez nous expliquer l’importance psychologique de l’enjeu de cette réunion…
_ Tout à fait, réplique notre homme à la spécialité encore non dévoilée,
en préambule, je voudrais souligner l’excellent travail réalisé par l’équipe de psychologues. Je vous le dis en connaissance de cause, étant moi-même psychologue clinicien et ayant donc appris à décrypter, par exemple, vos comportements et postures autour de cette table… »

Il lâche cette information très vite et passe dessus comme si c’était un détail avec l’aisance du beau brun en blouse blanche, le regard filtrant... L’atmosphère se (dé)tend et l’attention se concentre sur le psychologue dont je découvre la spécialité… J’ai croisé les bras depuis 3 mn… Je souris…
Trop fort… Surtout ne pas bouger….Tout le monde a changé de position pour essayer d’en prendre une plus cool, détendue, avenante. Cet homme a décrispé l’ambiance sur un argument borgésien invérifiable et quand bien même il a vraiment été formé à cela … ! A-t-il été vraiment attentif aux positions de chacun autour de la table ?
Certains délient négligemment leurs mains en soupirant doucement. Notre homme peut parler avec une certaine légitimité uniquement au culot de cette phrase… Il prend l’avenant sur le boss dont le visage reste difficilement impavide. C’est un truc qu’il a déjà fait ? A voir… Mais, ça marche…
Sa voisine, mon ex, est en face de moi. Elle ne s’est pas laissé prendre au jeu du psy. Elle en a même rit doucement, en se rapprochant de lui. Elle le connaît déjà et ils ont apparemment réalisé au moins une mission ensemble. Elle est la seule femme dans la réunion.

 

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Une heure plus tard, c'est à son tour de générer aussi son effet quand elle enlève sa veste laissant négligemment (mouais...) deviner par le léger bâillement de sa robe un soutien gorge en petite dentelle blanche. Le testostéromètre s’est brutalement affolé. Deux minutes après ce réchauffement climatique, le big boss se lève et ouvre une fenêtre. Son regard aimanté le trahit et elle sait qu’elle peut en jouer, d’autant qu’elle et le boss ne sont pas forcément tout le temps sur la  même longueur d’ondes… Le problème des femmes dans cette boite, ce sont les hommes….

Un soutien gorge évocateur et voilà…

Nos hormones libidineuses nous rappellent à l’ordre, satisfaisant le rez de chaussée de la pyra mide de Maslow…. Le soutien gorge, celui qui au moyen âge, contient les forts, soutient les faibles et ramènes les égarés… Je souris de nouveau… Je la regarde dans les yeux, surtout pas ailleurs. Elle est en face de moi ; elle lève les yeux, soutient mon regard aussi froid que le mien cherche à rester impassible.

 


Tu crois vraiment que tu vas m’avoir avec un décolleté alors que je me rappelle encore ce qu’il y a dessous ? Alors que je sais pourquoi nous sommes en froid ? Alors que je t’ai écrit encore et encore que tu pourrais toujours compter sur mon amitié sincère et fidèle ? Alors que je t’ai dit que malgré ta réaction, je continuerai de te blâmer en secret mais de te défendre en public envers et contre le premier tocard qui s’est pris un râteau ? Alors que je serai ton avocat contre toute femme jalouse qui véhémente sur l’utilisation de tes atouts féminins qu’elle aurait aimé sans doute avoir pour peut-être finalement agir de même ?
Clairement, le problème des femmes au boulot ce sont les hommes, ceux qui confondent séduire et abuser…ceux qui se laissent abuser par cette pseudo naïveté, cette fausse candeur machiavélique, cette ingénuité calculée, cette insidieuse jeunesse…Tout le secret de ces relations au travail est dans l’abus… la « border line » à ne pas franchir (si vous ne glissez pas un mot anglais dans votre article, vous êtes has been). Car il n’existe aucune relation véritablement asexuée dans le boulot, surtout dans le milieu macho par essence dans lequel j’évolue depuis quelques années.
La réunion se termine enfin. Le big boss a satisfait son égo en faisant un cours et une explication épidermique à la moindre remarque ou intervention. Il est brillant mais vaniteux. A trop en faire, il perd en légitimité, la réunion aurait pu ne durer qu’une heure et ainsi nous éviter au moins le déclenchement d’une tempête de testostérone dans la pièce déjà chauffée par le projecteur. Ils ont encore tous quelque chose à se dire. J’aurais eu des tas de choses à dire. Mais je n’ai pas envie d’être glacé par le regard de mon ex avec sa tête dodelinant et ses lèvres se pinçant en me considérant, le tout posé sur son buste radio-actif. Je lance un ironique « au revoir, madame » auquel elle répond par un « salut » et sa poignée de main ferme, me rappelant accessoirement son activité sportive majeure de championne en arts martiaux en contradiction parfaite avec sa taille moyenne et menue, ses minces jambes élancées, ses mains douces et sensuelles…

Je m’échappe en essayant de ne pas me perdre dans le dédalle des couloirs de cette partie de la boite où je vais rarement car elle est hautement sécurisée.
Sur le chemin du retour, je rentre avec le psychologue. Un sentiment diffus me crispe soudain.
J’ai déjà vu cet homme ? Sa complicité avec catwoman à la poitrine himalayenne tropicale me tarabuste ? Il a couché avec elle aussi ? Elle a couché avec lui aussi?
Mon cœur s’emballe d’un coup…
« Vous n’aviez pas une barbe avant, monsieur ?
_Non, mais une moustache », répond mon homme d’un sourire bienveillant…
Je percute froidement la planète, oubliant mes conjectures de mâle dominant.
« On s’est déjà croisé, n’est-ce pas ?
_Oui... je vous ai eu comme patient il y a quelques années… Comment allez-vous ? Vos soucis de santé sont résolus ? »
Il se rappelle parfaitement de moi, tel Robocop en blouse blanche et ses fiches à jour. Il n’était peut-être pas capable de décrypter les personnalités des gens autour de la table mais la mienne, il la connaissait parfaitement bien… J’avais été en réunion avec une ex et ex amie, et un ex psy et leur complicité m’avait semblé douteuse… J’écourte la conversation par des réponses en balbutiements de vie courante. Finie la maitrise de soi orgueilleuse. Je revois la scène où je reste fièrement les bras croisés…. Je chasse tout ça.


Il faut faire le compte rendu écrit de cette réunion ailleurs que sur mon blog, même si les mouches dans la salle en ont encore pris un coup derrière les ailes…

Par Letrèfle
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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /Mai /2009 18:42

Un jour,


Mathilde, une copine, m’a demandé pourquoi je les choisissais toujours de telle sorte que ça ne puisse pas marcher. Vous avez compris, chers et innombrables lecteurs (je vais plusieurs fois par jour sur mon blog pour exploser mes stats…) que je vais vous asmater avec des truismes et autres banalités. Mais Marie me trotte un peu davantage et je m’interroge vraiment sur le sentiment amoureux. Si vous avez raté le début, Marie est à l’origine de l’amour propre, quelques pages plus tôt. Marie, Mathilde, je sais... Je n'ai pas choisi des prénoms qui facilitent le suivi du fil directeur.


J’avais proposé à Mathilde de diner dehors. Elle et ses envies de suicide. Elle s’était déjà ratée une fois. Je me faisais de la bile pour elle. Je sentais aussi, sans vantardise, qu’elle avait un petit faible. Et oui, on croit sentir ces choses là parfois. Tout comme Ross dans Friends  qui construit sa prochaine conquête assurée à partir du regard d’une femme posé par hasard sur lui, … C’est un peu ça le constructivisme.


Mathilde est une belle femme, intelligente, limite aigrie et sans peps. Surtout, l’expérience m’avait appris qu’il ne faut jamais abuser d’une situation de faiblesse au risque de devoir assumer la totalité de la faiblesse féminine. Ma kiné avait d’ailleurs vraiment été surprise quand je lui avais révélé cette formidable découverte :

« Comment ? Vous arrêteriez de raisonner avec votre braguette ? » C’est que ma kiné est pudique parfois, même si elle me connait depuis 2003.

Et dans le cas de Mathilde, on n’était pas loin d’un puits sans fond et sans fondement en matière de faiblesse. Et je tente d’en finir avec mes raisonnements de braguette.


J’étais arrivé en avance sur notre lieu de rendez-vous à Bibliothèque. Revenir dans ce quartier hautement  bucolique, son boulevard foisonnant de voitures, ses grues romantiques, son pont et ses voies enferrées dans leur mélancolie… Tout cela m’avait fait frémir et sourire. C’était un lieu où j’avais eu quelques rendez-vous avec Aude. Son travail d’ailleurs n’était pas très loin. Mais je savais que ce soir là, je ne devais pas la croiser. Elle était en réunion du conseil d’administration de l’association que j’étais en train de quitter. J’étais donc coincé entre Décathlon et un pub qui me rappelait quelques souvenirs et générait naturellement des nœuds à l’estomac.


C’est idiot, moi et ma manie de taxer ces endroits de « pollués ». Plus le temps avance au gré des ruptures subies et amourettes déchues et plus Paris s’infeste de ces lieux pollués, à l’origine si attendrissants de salive mélangée et de mots doux échangés. Je suis comme ça moi, je ne retourne que rarement dans ces endroits là, sinon pour une nouvelle pollution ou une dépollution. Le Lutétia est certainement le plus caractéristique : deux ruptures et une nouvelle amitié qui s’est déchue d’elle-même peu de temps après. Pourtant, j’aime toujours ce salon de thé et son pianiste. Mais visiblement, ces six derniers mois, je n’y vais que pour conclure ou pour une rupture… Accessoirement, je n’y ai jamais rien conclu. L’endroit doit me porter chance. Il faut dire que je les avais toutes choisies de telle sorte que ça plante. Trop jeune, trop catho ou trop barrée… C’est tellement plus facile de trouver chez elle la cause et la culpabilité de ces échecs…


Dans le métro (et oui encore) en route pour retrouver Mathilde et ses envies de ruiner sa vie soit disant ratée, je me suis surpris à observer un couple… Tout était en silence, comme une dispute violemment contenue. Elle était debout, le dos en appui sur un dossier au centre de la voiture, le regard figé, triste, pensif, dur. Ronde eurasienne, elle avait la peau mate et sentait la douceur tactile et facile du sud. Lui était blanc pâle, en teeshirt blanc déformé, jean déchiré, baskets. Il tentait de la prendre dans ses bras d’une façon peu commune, en la saisissant par la nuque, pour l’obliger à se rapprocher et subir son discours. Il voulait la rappeler à la raison. Elle se dégageait doucement en esquissant un léger rictus agacé. Je sentais mon jeune homme désemparé. Il ne parvenait pas à la contrôler. Son mutisme et sa distance sonnaient la discorde bien léchée, la rancune tenace.

 

Ce n’est visiblement pas le moment de lui demander pardon, mon garçon… Elle regardait droit devant elle, fixement, et semblait ne pas entendre le cambriolage de sa pensée par la parole perçante de son homme. Elle leva un sourcil méprisant puis repartit dans ses pensées noires, son ressenti obscur. A la sortie du métro, il la suivit à quelques mètres, elle résolue, lui presque nonchalant et résigné. Ils s’assirent évidemment à deux tables de moi. Pourtant, j’avais soigneusement choisi de ne pas aller dans le premier pub condamné, jusqu’à une prochaine pollution.


Je repartis dans mon introspection... Pourquoi Marie est si présente ? Je suis dans la pensée ou le ressenti ? De la protection opportuniste ou une étincelle naissante ? Charles qui bosse dans le même bureau que moi avait été assez paternaliste et ironique ce jour là…

« Pas de sms de Marie aujourd’hui ?... »

Je soupirai…

« Nan, elle est en Israël pour la semaine… 

_ Aude, c’est terminé, mais faut pas commencer avec Marie. Tu n’es sûr de rien. Si ça se trouve, tu veux juste remplacer la précédente…. »

J’ai de nouveau soupiré en guise de réponse.


Pas question de tenter le moindre contact pendant cette semaine d’absence. Je voulais en profiter pour tout mettre à plat, prendre du recul par rapport à ma tentation si forte de retomber de ma chaise (comme je tombe amoureux..). En même temps, je n’ignorais pas que le silence peut aussi être une arme de séduction pour se faire désirer. Si Marie raisonnait comme moi, on n’avait pas fini… Je m’aperçus que je voulais maîtriser sa pensée, me l’accaparer, projetant mes schémas dans son comportement pour générer ou interpréter ses réactions ou son silence… Silence simplement dû à son séjour à l'étranger...

 

Mathilde arriva enfin, les cheveux lâchés, l’appareil dentaire fraichement installé étincelant, le sourire colgate… Elle ignora mon jeune couple qui avait enfin franchi entre temps le mur du silence. Je saisis une phrase pendant les excuses féminines habituelles de retard… Mon eurasienne posa ses deux poings sur la table, ses yeux sombres sur son homme et dit en appuyant chaque mot lentement, les lèvres tirées dans un sourire forcé :


« Ma …nouvelle… gynécoest… ta femme… »


Cacher ma surprise... Je venais de faire un sacré tour dans la vie privée d'autrui.


Ce n’est pas vraiment son mec…. Mathilde était sympa mais elle arrivait comme un coup de fil impératif au milieu d’un film qui devenait vraiment intéressant. Et je ne pouvais pas jouer plus longtemps les voyeurs. Le programme des faiblesses de Mathilde devant requérir toute mon attention…

 

Mathilde a, à peine la trentaine. Elle est mariée à un homme qu’elle n’est pas sûre d’avoir aimé un jour. Elle a eu la bonne idée de prendre un homme marié comme amant, un de mes anciens subordonnés. C’était juste pour l’hygiène, cette relation sexuelle soit disant si satisfaisante à court terme. Et puis, quand elle a compris qu’il ne quitterait jamais sa femme malgré les sentiments qui étaient nés entre eux, elle avait tenté de mettre fin  à ses jours. J’avais pour mission de lui expliquer que Dieter (son ex amant) avait juste été là, au bon moment, et que ça aurait pu être n’importe qui, que la vie était trop belle pour y renoncer et qu’elle avait encore le temps pour faire des enfants.

Parce que Mathilde est exigeante : si elle quitte son mari, sa vie est foutue, le temps de tomber amoureuse du père de ses futurs enfants… Parfois, j’ai envie de lui en coller une. Si encore, elle était idiote, sans situation, sans charme. Cela dit, elle était vraiment belle ce soir là, limite attirante… Je grinçais à cette pensée. Je le lui dis. Une fois que je m’en étais débarrassé, elle était embarrassée et je pouvais passer à autre chose. Je n’avais nullement envie de la séduire. Belle mais pas de charme. Après des paquets de dizaines de minutes sur son cas désespérant, des silences entrecoupés de réactions épidermiques ou de larmes contenues chez mon eurasienne, on en vint enfin à parler de moi… C’est qu’il me fallait ma dose d’égocentricité, moi…


Qu’est-ce que je trouve à Marie ? Pourquoi je les choisis de telle sorte que ça ne puisse pas marcher ?

Par Letrèfle
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Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 20:29

Un jour,

j’ai assisté à une pièce cocasse dans le métro. Oui, je sais… encore une histoire de métro… Mais voyez-vous, j’y passe du temps en bon bobo cabotin. Et puis ça m’évite les sujets très originaux qui me  fâchent en ce moment comme « l’amitié H/F, jusqu’où ? », «  séduction ou célibat, est-on pour autant moins seul ? » ou mieux : « pourquoi j’ai toujours le béguin pour des femmes inaccessibles? » (Cela dit, c’est un beau sujet à venir… le même béguin pour la même femme, l'amie évoquée dans l’article précédent…) Bref, tous ces sujets sont abordés 40 000 fois par des tas de gens philosophes. Je ne risque que de déballer de la  philo de comptoir voire de la discussion de cabaret.

J’étais en train d’écouter en boucle « Creap » de Radiohead sur mon lecteur MP3 en forme de téléphone (j’écoute des musiques à me fusiller le moral dans le métro). Un SDF, vendeur de revues à la criée entre dans le wagon. Il commence son laïus habituel de sa voix nasillarde et inutilement forte parce que le métro est toujours trop bruyant. De toute façon, il fait partie du décor. On l’ignore, on ne le regarde pas. On monte le son de son lecteur… Les gens se raidissent à son passage, comme s’il refroidissait la bulle autour de lui tel un « détraqueur » d’Harry Potter…

Je l’avais déjà rencontré une fois et je l’avais trouvé d’une certaine manière, sympathique. Je n’achète jamais rien, mais tout travail mérite salaire, a fortiori en cette période de crise. Et puis, je pouvais bien me passer d’1 euro pour ce monsieur.

Il commence donc à passer entre eux, à l’opposé de la voiture, s’excusant de ne pas avoir parlé assez fort. Sa façon de le dire laisse presque croire qu’il ne le pense pas, que c’est pour rire. Il peut se payer le luxe d’être un peu sardonique, il a brisé le silence bruyant du wagon. C’est un espace qu’il possède et où personne d’autre ne peut aller, celui de la parole au tout venant. C’est comme un jeu entre lui et nous et il peut s’autoriser ce qu’il veut, à haute voix, de l’ironie, de l’aigreur de l’humour au milieu de clones, la tête enfoncée dans leurs épaules, les écouteurs de leurs casques dépassant à peine du journal qu’ils parcourent fiévreusement...

Deux fillettes sont assises non loin avec leur papa. Elles sont habillées comme des modèles de boutique bourgeoise. Des fringues pas accessibles au commun des mortels ou seulement le dimanche de Pâques… Mais, on est loin de l’autel dans le wagon et la date et l’heure laissent plutôt à penser qu’elles vont simplement à l’école. Le papa est un homme d’affaires préoccupé, sorte de mâle noble introverti et sympathique qui considère sa progéniture avec une suffisance indulgente. Il écoute d’une oreille distraite sa fille ainée qui lui assène des affirmations terribles sur ses copines. Elle est classiquement jolie telle une image fade d’un fascicule d’école privée. Elle a un côté Hermione mais friqué, une sorte de mademoiselle je sais tout, le menton fier et relevé, le serre tête parfaitement ajusté, un cartable…. Non, c’est une sorte de sac à main, habillé d’un motif à carreaux très caractéristique d’une grande marque connue… J’écarquille les yeux, les deux sourcils arqués. Sa sœur cadette a le même mais en plus petit, comme si c’était vendu avec les fringues… « Votre sac B…, vous le voulez en 10-12 ans ou 12- 14 ans ? »

Le métro a quelques secousses et on ne peut ignorer cet homme qui frôle, grince et heurte malgré lui les gens assis. Mon SDF en jean baskets pas rasé se rapproche de nous, la voix assurée mais peu porteuse face au débit proactif de paroles de ma blondinette souriante, en petite robe à volants et collants arthuriens.  Respire …. Si tu fais une hypoxie, ton père le réalisera trop tard, . Et c’est le SDF qui aura sans doute la pratique de bouche à bouche la plus efficace… Mais le papa d’affaires est ailleurs… Le métro arrive en station… Elles se lèvent d’un entrechat assuré, sans se tenir à aucune barre, embrassent leur géniteur de façon protocolaire. Je ressens la chaleur de son amour pour elles. Je ressens en fait celle qui m’habite quand les filles me quittent à l’entrée de leur école tous les 15 jours… Il les regarde s’éloigner en souriant, comme s’il prenait conscience de leur existence au silence qui s’impose après leur départ.

Une dame qui embraye leur pas s’arrête avant de sortir, demandant son chemin à un inconnu…

« Madame ? Madame !!?! » Notre homme en jean pas reluisant est tout proche. D’une main il tient son paquet de revues sur l’histoire du métro de Paris et de l’autre une sorte de valise en plastique. Il la brandit, en évidence. Personne ne réagit. « Madame !! Madame !! » Le wagon semble sortir de sa torpeur. Le temps est à l’arrêt, les portes ouvertes… c’est qu’elle est lente à se faire expliquer son chemin… Les gens bougent au ralenti. Je contemple la scène d’un sourcil intéressé et interrogateur. Une autre femme se penche de son strapontin. Elle tire la manche de notre personnage en manque d’orientation… celle-ci se retourne lentement. Le SDF vient brutalement de faire une apparition dans notre monde. On ne peut ignorer qu’il tient la mallette de cette dame. Et il tente en vain d’appeler son attention. Le film repasse en vitesse normale ; elle réalise enfin son oubli, saisit sa mallette au vol et saute sur le quai pendant que la sonnerie annonce la fermeture imminente.

Il est là, juste à ma hauteur… Je souris, lui donne sa pièce… Je murmure à lui seul « Merci pour elle… ». J’entre à mon tour dans l’univers du wagon, comme si un autre voile se déchirait à mon regret. Je deviens un des autres acteurs publics de cette scène en plusieurs actes. « Vous savez, m’explique le jeune monsieur, vous n’imaginez pas le manque de civilités dont les gens sont capables… Cela m’arrive tous les jours dans le métro de donner un coup de main ! »

Tout le monde me regarde comme si… je ne sais pas… En même temps qu’il me parle, les têtes s’engoncent de nouveau peu à peu dans les épaules. Comme des escargots dans leur coquille, les antennes encore sorties, le volume du lecteur est de nouveau suffisant pour couvrir le bruit et les échanges des protagonistes.

Un homme interpelle le SDF. ce dernier est toujours en pleine rhétorique sur l’absence de sens civique et de politesse du monde métropolitain parisien… Notre nouvel acteur est au téléphone, il est moderne, costard avenant sans cravate, dynamique… Il peut parler à deux personnages en même temps. L’un est absent et virtuel car pendu à son propre téléphone dans un lieu inconnu. L’autre est physiquement présent mais les gens auraient presque voulu s’en passer malgré le fracas successif de ses actes et de ses paroles. Le téléphoneur synergique touche l’épaule du SDF qui s’interrompt immédiatement pour le considérer presque étonné.

« Monsieur, dit-il à son téléphone en regardant notre personnage principal, je vous ai donné deux euros et vous ne m’avez rien donné en échange…. Oui… Tout à fait… » Il est de nouveau en conversation avec l’autre. Le SDF piétine….

« Ben, ça dépend ! Vous voulez quelle revue ? L’histoire du métro parisien ou l’autre ? 

-Je m’en fiche, n’importe laquelle, je vous donne 2 euros, vous me donnez une revue… »

Il garde son téléphone collé à son oreille. Notre SDF s’énerve et me hisse à témoin, de sa voix suraigüe. Je me retrouve de nouveau sur les planches de la scène du métro, devant tout le monde.

« Là, vous voyez ? Quand je vous parle de manque de civilité ! En voici un parfait exemple ! »

Je me lève, c’est l’heure de la fuite et de la fin de mon personnage. J’hallucine en souriant. Le métro s’arrête dans ma station. Je sors…

« Parfaitement, tu manques de civilité et de politesse ! Ce n’est pas parce que tu me donnes deux euros que tu dois me traiter comme un chien !... Mais oui on va sur le quai !!! T’es qu’un c… »

Les insultes fusent et s’estompent alors que je secoue la tête de cette pièce surréaliste. Une femme me suit. Elle sourit. Nous avons vu le même spectacle… Puis, peu à peu, je déambule dans le tunnel vers la sortie… Les gens sont froids, gris et silencieux, frôlant le musicien assis par terre, son gobelet de plastique rempli de quelques pièces de monnaie…

Par Letrèfle
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Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 00:45

Un jour,

Une amie m’a demandé quelques lignes sur l’amour propre en amour chez les hommes. J’ai vu l’occasion d’en faire un article. Naturellement, j’ai un peu le béguin pour cette femme. Je ne lui dirai sans doute jamais. Trop d’amour propre…

Pourquoi ce sujet ? Visiblement, l’amour propre est un frein en amour. L’amour propre, sorte d’amour de soi-même… On le confond souvent avec l’orgueil, la fierté, la vanité. Il n’agit jamais vraiment seul. Ce n’est pas un sentiment. C’est une qualité ou un défaut, selon le dosage, le moment… On parle de réaction d’amour propre, de blessures d’amour propre, un peu comme celle que j’ai ressentie pendant deux heures quand Aude m’a annoncé qu’elle était quasiment maquée.

Indéniablement, trop d’amour propre tue l’amour. Pas assez ? Tue peut-être aussi. Pour autant faut-il toujours mettre son amour propre dans sa poche et le mouchoir par dessus ? Tout dépend de la taille de la poche ? Y-a-t-il une recette puisque l’amour propre est conjugué à tellement d’autres facteurs, de sentiments, de situations ?

* * *

« Rien de plus sale que l’amour propre » nous dit Yourcenar. « Le Moi est haïssable » assénait déjà Pascal. Quels sont les cas de figure où il nuit à une relation amoureuse ?

Assurément, il y a d’abord le refus d’avoir tort. L’amour propre, l’orgueil rendent aveugles. On cherche à avoir raison et on occulte l’intérêt du couple, de la construction d’une relation possible. Hugues Grant se plante lamentablement quand il envoie chier Julia dans « Notting Hill ». 

Ensuite, il y a le rapport de force systématique dans le couple : l’un des deux fait un complexe d’infériorité. Son amour propre est blessé et il l’exprime de façon violente. Le personnage de Rainer dans le film « La vague » reproche à sa femme, enseignante aussi, d’être plus intelligente, plus diplômée. Lui, petit prof de sport, manuel ne peut lui faire admettre le succès qu’il remporte avec ses élèves. Il la frappe.

Enfin, l’amour propre est générateur de jalousie. Dans les « Liaisons dangereuses », la marquise de Merteuil ne supporte pas de découvrir que le Vicomte de Valmont est amoureux de la Présidente Tourvel. La mère Merteuil réagit orgueilleusement, touchant Valmont sur son amour propre : lui, libertin ne peut avoir la faiblesse d’être amoureux… Elle l’amène à écrire une lettre de rupture à la Tourvel : « Adieu, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret. Je te reviendrais peut-être un jour. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute… » Le mutisme qui s’en suit est violent. Valmont ne peut admettre ses sentiments. Il les tait. Il se tait. Il souffre.

Voilà autant de situations qui ne glorifient pas l’amour propre masculin en amour… Peut-on pour autant l’effacer, le gommer ?

* * *

Un homme peut taire son amour propre, par amour mais aussi par faiblesse. Il a peur de choquer, vexer sa femme. Il s’écrase, met son amour propre dans sa poche, se transforme peu à peu en carpette. Elle se lasse. Elle n’admire pas un homme qui se corrompt, se compromet, ne se respecte pas. Elle veut un homme avec de l’amour propre, du courage, de la verbalisation. Pas assez d’amour propre rend lâche et silencieux aussi… Ou alors, il n’en peut plus, il se lasse avant elle. Il part dans le brouillard à la fin d’  « Autant en emporte le vent »…

L’amour propre se dose aussi : des hommes pétris d’amour propres, capables de mauvaise foi dans leur travail pour refuser leurs torts ne sont pas toujours sur ce terrain là avec leur femme : ils acceptent qu’elle soit plus diplômée. J’ai un couple d’amis assez caractéristique : il a un sacré caractère mais n’a qu’un CAP là où elle a un DEA. Il l’accepte. Ce n’est pas une blessure d’amour propre. Il s’en fout… Pourtant, quand il était mon subordonné, le nombre de fois qu’il a été de mauvaise foi par amour propre….

Mais bon… trop ou pas assez ? Est-ce vraiment là le prob lème ? Qui n’a pas connu un homme qui a refusé de déclarer sa flamme à une femme par amour propre et peur de l’échec… ? Quand leur relation bascule, Harry et Sally ont trop d’amour propre pour admettre qu’ils ne sont plus de simples amis. 

So what ? Ni trop ni pas assez, parfois trop, parfois pas assez…

* * *

Il y a visiblement beaucoup de confusions entre l’amour propre, l’orgueil, la vanité et la simple fierté, des confusions entre du ressenti et sa cause. Tout le monde s’aime un peu. L’amour propre est une subtilité de langage, pléonasme et oxymore selon son dosage.

L’amour propre, c’est une qualité, un défaut qui se voit très vite chez l’autre, alors ? Où est le dosage ? J’ai joué mon rôle de témoin à fond pour une préparation au mariage du grand blond et de la rouquine… Dans la conversation, il m’a semblé qu’elle ne supporterait pas l’idée qu’il s’écrase, qu’il ne se comporte pas en mâle pétris de testostérone et d’amour propre… Mais elle peut se vexer s’il exprime son amour propre par un reproche formulé à son encontre. Le curseur, le dosage est si délicat… selon l’humeur et le cycle de nos chères et tendres…

* * *

Je crois qu’il faut demander à l’autre de rester soi-même, de garder cet amour propre, d’en accepter le ressenti, la colère, la joie, la tristesse, la jalousie. Mais comme me disait mon meilleur ami, le problème est qu’on affecte tous ces sentiments d’une valeur morale. Et il ne le faut pas. Que le sentiment soit positif ou négatif, amour ou haine, c’est normal, naturel, légitime, parfois même, sain. Ce qui peut être affecté d’une valeur morale, c’est ce qu’on en fait. Souvent, on communique sur ce que l’on pense, pas sur ce que l’on ressent. On a peur de livrer son ressenti, peur d’être jugé. Il faut pourtant centrer sa communication sur ce qu’on ressent et non une pensée intellectuelle ou rationnelle. Cela revient à dire à l’autre qu’on est triste, en colère, amoureux et surtout pas qu’on n’est pas d’accord.

C’est l’axiome des week-ends de préparation au mariage « vivre et aimer » a rajouté mon meilleur pote. On se bride tellement sur les questions qu’on se pose, parfois par amour propre :

« Est-ce que je t’infantilise ? Quand est-ce que tu m’infantilise ? Et si je m’infantilise tout seul? ». La clé n’est pas dans ce que je pense mais ce que je ressens… Je t’infantilise parce que je ressens de la puissance, de la maîtrise, de la masculinité. L’amour propre n’est qu’une cause du sentiment, et non le sentiment verbalisé.

Le plus dur reste à faire : s’accepter avec ses sentiments, ses ressentis, sans jamais se juger. Combien de fois demandons-nous à l’autre : « A quoi tu penses ? » alors qu’il serait préférable de lui demander « Qu’est-ce que tu ressens ? » Et l’exprimer ainsi, c’est livrer une part intime de soi même sans l’affecter d’une valeur morale, souvent infantile, manichéenne. On ressent des choses négatives ? Peut-on vraiment l’empêcher ? C’est vrai, le risque est de se déculpabiliser facilement. Mais pour autant, si ce ressenti négatif n’est pas « acté », fait-on du mal ?

C’est là qu’apparait dans un couple une véritable connivence.  Plus besoin de parler tout le temps si l’important n’est pas de savoir ce que l’autre pense mais d’accepter ce qu’il ressent. C’est aussi un fondement de l’amour, cette capacité de se livrer à l’autre, y compris dans les moments les moins reluisants.

L’amour propre devient tellement paradoxal. Mon ami conclut en sirotant sa bière se fendant d’un large sourire…   Combien de conflits seraient évités si on commençait par « je » au lieu de « tu » ?

« Tu m’emmerdes… » « Je suis fatigué… » Je t’offre ce que je ressens en prenant le risque de me livrer, que ça te plaise ou non mais ce n’est qu’un risque limité car c’est du ressenti et rien ne nous prépare à cela dans la vie.

Le comble du dépassement de l’amour propre, c’est d’oser dire « je ressens », « je t’aime », « j’aime moins ça mais je t’aime », « Je sens que je veux t’aimer… ».

Par Letrèfle
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Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 23:27

Un jour, un matin, je suis arrivé à Pasteur, Anne et Aude avaient semé confusion et tristesse…


J’arrive donc à Pasteur, mes écouteurs sur les oreilles...


" Qu’il est loin mon pays qu’il est loin… "


Je suis partagé entre fatigue et lassitude. Alors que la musique favorise cette mélancolie complaisante, j’aperçois mon SDF habituel de la porte de Versailles, avachi sur une chaise. Il me regarde sans me voir, le visage hagard, les yeux animés et vitreux. Il parle tout seul…


parfois au fond de moi se ranime… "


je regarde le panneau d’affichage. 1mn. J’ai le temps d’aller tailler une bavette.


" Hey Johny Vincent ! " avec ma voix la plus sure et cette supériorité que me confèrent mes vêtements, mon argent, ma situation… Il lève les yeux vers moi, un regard amèrement content d’entendre son nom. Il a une tête des mauvais jours. Il sent mauvais. Il s’est sans doute uriné dessus dans la nuit. Il prononce quelques mots…. Je sors 2 euros.

" Prends soin de toi, va prendre un petit-déj… " et va te laver aussi…Il est heureux mais visiblement pas vraiment encore réveillé.


ici si tu cognes, tu gagnes… "


C’est au moins la troisième fois que j’écoute Toulouse de Nougaro… en boucle, sans savoir pourquoi. Ça me plait.

Installé sur mon siège dans le wagon, je regarde s’égrener les stations….Je ressasse dans le désordre les derniers événements de la veille….


*  *  *


" Je te préviens, je suis fatiguée ce soir, je ne serai pas patiente… Je ne sais même pas si je vais faire la répétition et pas rentrer chez moi…. "

Et puis, je la vois discuter avec les uns les autres sourire, même rire. La fin de la répet arrive, elle m’attrape pour me dire qu’elle va rentrer et que je peux rester. Je soupire. Elle m’attend… Je l’attends….


" il y a de l’orage dans l’air et pourtant… "

 

Sur le chemin de la station de métro, elle ne m’attend pas, moi qui ai du mal à les suivre. Elle discute en souriant avec notre pianiste Philippe. Puis, son masque revient quand on s’assoit l’un à côté de l’autre dans le métro, tout en discutant avec un peu tout le monde. On les quitte à Corvisart et le silence s’installe alors que nous marchons vers son appart. Quelques mots sont échangés ici et là.

Alors que je suis déjà couché, elle s’allonge, ferme les yeux sans un mot…. Je l’interpelle sur un " bonne nuit " et je cherche à savoir si tout va bien, si j’ai fait quelque chose de mal.

" Mais non, je suis juste fatiguée… " Je lui fais remarquer son comportement pas très cohérent. Elle s’énerve, se justifie, me traite de parano… J’ai le sentiment amer de subir la confusion entre être peu patient, désagréable, voir méchant…. Je m’endors tristement et je fais des cauchemars d’enfant….


Le lendemain matin, je pars sans un bruit, sans un baiser. La colère m’habite autant que la tristesse. Je viens de parcourir sur mon téléphone, le mail chaotique d’une amie, Anne. Je me demande dans quelle mesure Aude ne fait pas l’enfant, à chercher les limites de mon autorité et à ne pas respecter ce qui ne la brime pas un peu… ce qui ne la bride pas beaucoup….


*  *  *


J’émerge de ma méditation…. On approche. Je repense à ce mail. Confondre pulsion, désir et amour idéalisé et moins fusionnel. C’est quoi cette quête d’idéal ?  Anne aime son mari. Elle a juste envie de faire l’amour avec un autre. Mais tout cela ne correspond pas à la bonne image qu’elle a d’elle même? Anne est en mission à l’étranger. De retour en France, tout reprendra le cours normal. Elle a juste besoin de prétextes pour agir et avoir enfin du plaisir, de la tendresse, un homme qui la possède et auquel elle puisse se donner sans remords.


Je l’avais mise en garde, tenté de la menacer…  « Fais attention… Evite de tomber enceinte… Evite de pétarder ton couple pour une pulsion que tu juges extérieure à toi pour mieux te dédouaner de ce péché. Rien n’est extérieur à nous. Nous sommes capables du bon comme du mauvais. Mais les deux appartiennent à nos choix. Appelle ton mari et…! Mais ne confonds pas tout. Sexe et amour… Désir et envie d’aimer… »


Station Rennes " l’eau verte du canal du midi… "

 

Je repense à Nadim auquel je donne des cours de géopolitique pour un examen. Il ne se pose guère beaucoup de questions… Je dois lui apprendre à s’en poser pour traiter ses sujets. Je prends des exemples simples….

" Pourquoi vas-tu chez le coiffeur ?

__Ben…. Parce que j’ai pris rendez-vous! "

C’est vrai, ça aurait pu être pour de meilleures raisons, vouloir être beau gosse, avoir une coupe propre… Mais non, lui va chez le coiffeur parce que… il a pris rendez-vous… Non, vraiment, il ne se pose pas de questions…. En revanche, il ne se prend pas la tête non plus.


Si Anne baise, qu’elle assume. Au moins, ne pas se mettre en danger : choisir sa proie minutieusement : un homme qui ne tombera pas amoureux d’elle, et dont elle ne tombera pas amoureuse, qui ne mettra pas en danger son couple. Car c’est bien de cela dont il s’agit …. Je pense à son comportement après, sa culpabilisation, son horreur d’elle-même qui la poussera à recommencer car le plaisir est meilleur encore que l’oubli et le repentir. Et puis, elle en parlera en France comme d’une parenthèse qu’elle ne voudra surtout pas rouvrir, comme si le fait que son mari n’en sache rien pouvait lui permettre de se pardonner et de continuer à garder une bonne image d’elle malgré ses frasques.


J’arrive au boulot… devant moi, des managers en velours et barbours…


pourrais-je encore y revoir ma pincée de tuiles…. "


La musique prend fin pour la énième fois avec mon arrivée dans ce bureau et ses papiers que j’exècre, ce chef qui me gonfle, cette vie de merde…

Je repense à cette soirée d’anniversaire, quelques jours avant. La joie et l’amour dans les yeux d’Aude après cette fête avec une trentaine de personnes dans un bar à Odéon. Je repense à la soirée chez moi au retour et mon incapacité à lui faire l’amour tellement je cumule de la fatigue, de la course contre la montre. Et elle décide de se donner à moi à 1heure du mat parce qu’elle en a envie…. Je suis juste un juke box ? Je ne sais même pas comment elle prend vraiment ces faiblesses chez moi….Rien de grave me dis-je… ; Je suis juste en situation de fatigue cumulée… Je prends donc tout au tragique alors qu’il faut juste que je prenne tout ça juste au sérieux…..


De toute façon, depuis, j’ai quitté Aude. J’ai croisé d’autres femmes… Mais si finalement le plus simple était de ne pas en chercher une ou même la bonne ?


Seulement, pas de baignades, pas de noyades… En attendant, faut les gérer, la confusion et la tristesse, sortes de passages nécessaires pour faire le deuil, tirer au moins quelques enseignements, étiqueter les motifs d’insatisfaction et de malheur. Et après, ça passe dans les souvenirs.


J’écoute parfois Nougaro, je passe souvent à Pasteur, je croise régulièrement mon SDF à la porte de Versailles mais Dieu merci, j’ai oublié cette matinée maussade. A présent qu’elle est écrite, que je sais depuis pourquoi Aude ce jour-là m’a menti, j’oublie et je travaille à pardonner.

Par Letrèfle
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