Amour....propre?
Un jour,
Une amie m’a demandé quelques lignes sur l’amour propre en amour chez les hommes. J’ai vu l’occasion d’en faire un article. Naturellement, j’ai un peu le béguin pour cette femme. Je ne lui dirai sans doute jamais. Trop d’amour propre…
Pourquoi ce sujet ? Visiblement, l’amour propre est un frein en amour. L’amour propre, sorte d’amour de soi-même… On le confond souvent avec l’orgueil, la fierté, la vanité. Il n’agit jamais vraiment seul. Ce n’est pas un sentiment. C’est une qualité ou un défaut, selon le dosage, le moment… On parle de réaction d’amour propre, de blessures d’amour propre, un peu comme celle que j’ai ressentie pendant deux heures quand Aude m’a annoncé qu’elle était quasiment maquée.
Indéniablement, trop d’amour propre tue l’amour. Pas assez ? Tue peut-être aussi. Pour autant faut-il toujours mettre son amour propre dans sa poche et le mouchoir par dessus ? Tout dépend de la taille de la poche ? Y-a-t-il une recette puisque l’amour propre est conjugué à tellement d’autres facteurs, de sentiments, de situations ?
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« Rien de plus sale que l’amour propre » nous dit Yourcenar. « Le Moi est haïssable » assénait déjà Pascal. Quels sont les cas de figure où il nuit à une relation amoureuse ?
Assurément, il y a d’abord le refus d’avoir tort. L’amour propre, l’orgueil rendent aveugles. On cherche à avoir raison et on occulte l’intérêt du couple, de la construction d’une relation possible. Hugues Grant se plante lamentablement quand il envoie chier Julia dans « Notting Hill ».
Ensuite, il y a le rapport de force systématique dans le couple : l’un des deux fait un complexe d’infériorité. Son amour propre est blessé et il l’exprime de façon violente. Le personnage de Rainer dans le film « La vague » reproche à sa femme, enseignante aussi, d’être plus intelligente, plus diplômée. Lui, petit prof de sport, manuel ne peut lui faire admettre le succès qu’il remporte avec ses élèves. Il la frappe.
Enfin, l’amour propre est générateur de jalousie. Dans les « Liaisons dangereuses », la marquise de Merteuil ne supporte pas de découvrir que le Vicomte de Valmont est amoureux de la Présidente
Tourvel. La mère Merteuil réagit orgueilleusement, touchant Valmont sur son amour propre : lui, libertin ne peut avoir la faiblesse d’être amoureux… Elle l’amène à écrire une lettre de rupture à la Tourvel : « Adieu, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret. Je te reviendrais peut-être un jour. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute… » Le mutisme qui s’en suit est violent. Valmont ne peut admettre ses sentiments. Il les tait. Il se tait. Il souffre.
Voilà autant de situations qui ne glorifient pas l’amour propre masculin en amour… Peut-on pour autant l’effacer, le gommer ?
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Un homme peut taire son amour propre, par amour mais aussi par faiblesse. Il a peur de choquer, vexer sa femme. Il s’écrase, met son amour propre dans sa poche, se transforme peu à peu en carpette. Elle se lasse. Elle n’admire pas un homme qui se corrompt, se compromet, ne se respecte pas. Elle veut un homme avec de l’amour propre, du courage, de la verbalisation. Pas assez d’amour propre rend lâche et silencieux aussi… Ou alors, il n’en peut plus, il se lasse avant elle. Il part dans le brouillard à la fin d’ « Autant en emporte le vent »…
L’amour propre se dose aussi : des hommes pétris d’amour propres, capables de mauvaise foi dans leur travail pour refuser leurs torts ne sont pas toujours sur ce terrain là avec leur femme : ils acceptent qu’elle soit plus diplômée. J’ai un couple d’amis assez caractéristique : il a un sacré caractère mais n’a qu’un CAP là où elle a un DEA. Il l’accepte. Ce n’est pas une blessure d’amour propre. Il s’en fout… Pourtant, quand il était mon subordonné, le nombre de fois qu’il a été de mauvaise foi par amour propre….
Mais bon… trop ou pas assez ? Est-ce vraiment là le prob
lème ? Qui n’a pas connu un homme qui a refusé de déclarer sa flamme à une femme par amour propre et peur de l’échec… ? Quand leur relation bascule, Harry et Sally ont trop d’amour propre pour admettre qu’ils ne sont plus de simples amis.
So what ? Ni trop ni pas assez, parfois trop, parfois pas assez…
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Il y a visiblement beaucoup de confusions entre l’amour propre, l’orgueil, la vanité et la simple fierté, des confusions entre du ressenti et sa cause. Tout le monde s’aime un peu. L’amour propre est une subtilité de langage, pléonasme et oxymore selon son dosage.
L’amour propre, c’est une qualité, un défaut qui se voit très vite chez l’autre, alors ? Où est le dosage ? J’ai joué mon rôle de témoin à fond pour une préparation au mariage du grand blond et de la rouquine… Dans la conversation, il m’a semblé qu’elle ne supporterait pas l’idée qu’il s’écrase, qu’il ne se comporte pas en mâle pétris de testostérone et d’amour propre… Mais elle peut se vexer s’il exprime son amour propre par un reproche formulé à son encontre. Le curseur, le dosage est si délicat… selon l’humeur et le cycle de nos chères et tendres…
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Je crois qu’il faut demander à l’autre de rester soi-même, de garder cet amour propre, d’en accepter le ressenti, la colère, la joie, la tristesse, la jalousie. Mais comme me disait mon meilleur ami, le problème est qu’on affecte tous ces sentiments d’une valeur morale. Et il ne le faut pas. Que le sentiment soit positif ou négatif, amour ou haine, c’est normal, naturel, légitime, parfois même, sain. Ce qui peut être affecté d’une valeur morale, c’est ce qu’on en fait. Souvent, on communique sur ce que l’on pense, pas sur ce que l’on ressent. On a peur de livrer son ressenti, peur d’être jugé. Il faut pourtant centrer sa communication sur ce qu’on ressent et non une pensée intellectuelle ou rationnelle. Cela revient à dire à l’autre qu’on est triste, en colère, amoureux et surtout pas qu’on n’est pas d’accord.
C’est l’axiome des week-ends de préparation au mariage « vivre et aimer » a rajouté mon meilleur pote. On se bride tellement sur les questions qu’on se pose, parfois par amour propre :
« Est-ce que je t’infantilise ? Quand est-ce que tu m’infantilise ? Et si je m’infantilise tout seul? ». La clé n’est pas dans ce que je pense mais ce que je ressens… Je t’infantilise parce que je ressens de la puissance, de la maîtrise, de la masculinité. L’amour propre n’est qu’une cause du sentiment, et non le sentiment verbalisé.
Le plus dur reste à faire : s’accepter avec ses sentiments, ses ressentis, sans jamais se juger. Combien de fois demandons-nous à l’autre : « A quoi tu penses ? » alors qu’il serait préférable de lui demander « Qu’est-ce que tu ressens ? » Et l’exprimer ainsi, c’est livrer une part intime de soi même sans l’affecter d’une valeur morale, souvent infantile, manichéenne. On ressent des choses négatives ? Peut-on vraiment l’empêcher ? C’est vrai, le risque est de se déculpabiliser facilement. Mais pour autant, si ce ressenti négatif n’est pas « acté », fait-on du mal ?
C’est là qu’apparait dans un couple une véritable connivence. Plus besoin de parler tout le temps si l’important n’est pas de savoir ce que l’autre pense mais d’accepter ce qu’il ressent. C’est aussi un fondement de l’amour, cette capacité de se livrer à l’autre, y compris dans les moments les moins
reluisants.
L’amour propre devient tellement paradoxal. Mon ami conclut en sirotant sa bière se fendant d’un large sourire… Combien de conflits seraient évités si on commençait par « je » au lieu de « tu » ?
« Tu m’emmerdes… » « Je suis fatigué… » Je t’offre ce que je ressens en prenant le risque de me livrer, que ça te plaise ou non mais ce n’est qu’un risque limité car c’est du ressenti et rien ne nous prépare à cela dans la vie.
Le comble du dépassement de l’amour propre, c’est d’oser dire « je ressens », « je t’aime », « j’aime moins ça mais je t’aime », « Je sens que je veux t’aimer… ».