la bijouterie...

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Un jour, je suis rentré dans une bijouterie.

Je me sentais tellement mal à l'aise.

Je venais récupérer un bijou que j'avais négocié... Je l'avais négocié parce qu'Aude l'avait cassé et j'avais fait des pieds et des mains pour racheter le même... Mais il était épuisé et j'avais harcelé les tenancières du magasin de luxe jusqu'à qu'elles m'appellent pour me dire que c'était ok... le même bijou... à 50%... trop sympa!

Seulement, elles avaient  appelé un peu tard... Aude et moi, venions juste de rompre, un peu malgré moi, contre mon gré mais selon mon choix....

Je suis rentré dans la bijouterie en soufflant un grand coup... Les deux femmes, très jolies au demeurant m'ont accueilli, l'une avec un grand sourire patient, l'autre, sans doute la patronne, afférée dans sa paperasse, avec un visage des plus glacials... Deux autres personnes me suivent dans le magasin. Je sens mon visage grincer... Comment rester discret et négocier de ne plus le prendre après avoir négocié un bijou épuisé à moitié prix?

Ma sympathique avenante et souriante bijoutière saisit sous le comptoir une petite boite et cherche sans un mot dans les commandes arrivées.

Je glisse maladroitement.... "Je suis obligé de vous le prendre?...."

La patronne, qui a décidément un joli visage de trentenaire si ce n'est qu'elle doit rire en se sciant le bras me toise... A son minois avenant et le mouvement bruyant de sa tête en essuie glace au ralenti , je comprends que la négociation improbable va devenir impossible....
"Monsieur, vous l'avez commandé, négocié.... Vous le prenez...."
Sa collègue, interrompue et interloquée reprend la recherche et le trouve enfin.... Ce temps là me parait très long... Vous savez, le moment où vous vous demandez comment vous n'allez pas vous couvrir de ridicule? Je respire de tous mes poumons (si j'en avais eu plus de deux....) et je lance au moment de l'hallali du bijou....

"En fait, je vous dis ça parce que je ne saurai plus à qui l'offrir...."

Les deux femmes
lèvent la tête et se siamoisent de surprise.... puis de consternation. Ma trentenaire n'est plus la même. Elle devient tout à coup très belle parce que très douce et me dit aussi tristement que catégoriquement....

"Non, monsieur, ce n'est pas possible. Vous ne pouvez pas le prendre dans ces conditions là."

Sa
consœur surenchérit...
"Nous sommes vraiment désolées... Nous le mettrons en vitrine. Il se vendra... avec les soldes...."

Je me confonds en excuses, reconnaissant les avoir harcelées et avouant  ne pas savoir si je ne longerai pas les murs si je devais remettre les pieds chez elles un jour....
On échange les banalités traditionnelles... "C'est la vie, les ruptures, ça arrive et bla bla bla....."

L'espace d'un instant, mon estomac s'est serré, je me retrouve dans une bulle; les autres clients ont disparu. La bijouterie s'obscurcit en même temps que les vitrines se rapprochent à m'étouffer...

Je me secoue... Je les remercie entre deux balbutiements et je sors comme un automate qui va chez sa kiné raconter la gentillesse de ces demoiselles qui auraient mérité que je leur offre ce bijou...
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